Les fournis réagissent aux coups de lattes, essaie pour
voir. La fuite alors que tout le monde croit qu’elles sont solidaires, tape
dans le sol tel un missile sol sol et tu verras où s’arrête la solidarité.
Petit missile sol sol à l’ouest et poffff solidarité Ukraine dans les
chaussettes des européens, solidarité faut pas déconner lancent-ils sans le
dire. Tu savais qu’il fallait un gilet par balle pour pouvoir chanter ?
Des insectes par milliers, des pucerons, bombe nucléaire et hop de beaux
rosiers. Faut attaquer la base, développer l’autonomie et s’assurer d’avoir un
stock assez important d’anti pucerons. Voilà presque deux ans et demi que j’étudie
dans mon jardin, le soir, le matin, la journée. Voilà deux ans et demi que je
ne vais plus dans une salle de concert j’ai le temps du coup. Voilà deux ans et
demi que je suis en post trauma, voilà presque sept ans que je suis épuisé de
refaire le chemin à l’envers, que je sors l’eau de javel et mon éponge et que j’essuie
tout ce sang, inlavable, inoubliable. Et puis j’ai vu des affiches, des
alertes, des signes que j’aimais avant, des mélodies qui sonnent encore mieux
quand elles me postillonnent dessus quand je suis accroché au crash-barrières.
Les fuyants sont là, de retour, par centaine de milliers, et devant la scène tu
as un groupe de je ne sais quelle espèce de connards pas encore identifiés
dangereux qui tournent le dos à la scène, au chanteur, et qui tapent la discute
sans respect, sans gêne. Je ne peux plus supporter ça, c’est une ablation de
mon cortex plaisir, de ma jeunesse, de ma vie entière. Comment font-ils pour se
pisser dans la bouche des litres de bière et dégueuler des phrases à tue-tête
en plein concert ? Je suis capable de tuer maintenant pour ça. La musique,
notre force dans toutes les épreuves que cette putain de vie nous inflige,
balayée par de gigantesques trous du cul. Comment je fais maintenant, après ce
que j’ai vu, après avoir lu des récits de passionnés planqués dans les faux
plafonds, sans bouchons d’oreilles, le froc trempé de pisse, pour supporter
quelques connards qui s’en branlent de la musique ? Comment je fais ?
Je ne peux plus, j’entends encore les ressorts des chargeurs, tac tac tac tac tac
tac tac….du masochisme monsieur, du masochisme cérébral, tatoué sur mes maux de
tête qu’il faut alcooliser au risque de se perdre définitivement, il faut
anesthésier le réel, tout de suite, maintenant et un jour définitivement
certainement. Ces regards de travers quand je souris. Pourquoi, pourquoi tout
cela, comment faites-vous encore pour supporter ça ? Je n’arrive plus à
détacher le moindre bruit contraire à ma vision, cette vision de la scène, d’un
chanteur, des musiciens, j’ai envie de chanter de danser avec eux, on
communique, on s’associe, on jouit ensemble sur une corde de guitare qui
tremble encore même après quelques secondes d’un frottement d’ongle acharné. Et
les autres qui te bousculent avec leur verre de bière à la main sans demander
pardon d’être trop mal élevé, je ne peux plus, je tuerai pour ça. Je ne peux plus
sentir que le régisseur son s’en branle de taper les décibels dans le rouge sans les entendre,
juste assis derrière ses boutons à tapoter sur son Iphone pendant tout le
concert et d’avoir cette gueule d’ahuri satisfait de faire de la merde en mode
c’est grâce à moi que le son sort, je suis le boss, les gens me regardent comme
le pilote d’une Formule 1, je peux aussi le tuer pour ça, pour ne pas savoir
conduire. J’ai eu des frissons à en pleurer en concert, de bons concerts que je
ne referai plus certainement, car la vie des gens a changé, j’ai cru entendre
que le monde serait meilleur après l’épreuve….il est pire !!! Je ne peux
plus risquer de tuer par colère, car je suis capable de tuer de colère d’un
fatal manque de respect pour les artistes, pour ceux qui nous font vivre et
pleurer de joie, je n’arrive plus à regarder les musiciens, j’ai honte d’être
dans cette fosse de connards qui ne les respectent plus, je ne veux pas être identifié
au milieu de ces décérébrés, je n’appartiens décidément plus à ce monde, sous
toutes ses formes, ces connards ont tué ma poésie, la poésie, la musique, les
artistes, notre liberté !!!
Madloonflayed©2022 – ma fée m’a proposé d’aller voir un psy,
elle veut que je sorte de l’enfer, de l’alcool, de la folie, de mon 7ème
sous-sol…et que je retourne dans une salle de concert.